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La plume du Maître des Bouviers
Mercredi, 03 Février 2010 14:03

Le destin est une curieuse machine qui vous surprend toujours dans les moments les plus anodins.

J’eus, ce jourd’hui même, un émoi…

Je devrais écrire un Hémôi Hénaûrme tellement il était gros, oui, oui, aussi gros que ça !
Au préalable il faut que vous sachiez - et vous avez le droit de le répéter à l’imitation d’une mienne amie à qui je posais, naguère, la question : « L’eus-tu su, l’eus-tu tu ? » - que je prodigue des conseils, hautement rémunérateurs, dans un commerce achalandé de vinophiles avant que de leur fourguer quelques délicieux flacons issus des caves glorieuses de nos éternelles contrées viticoles Françaises.
L’eussiez-vous deviné si je ne vous l’avais point dit ?
Sans doute, votre perspicacité est légendaire, mais je préférais vous en faire l’aveu afin d’être certain que vous le sussiez.

Bref, pour vous narrez la chose par le menu et afin que vous ne vous embrouillassiez point, voici : il y a quelques jours, alors que, mollement avachi dans mon fauteuil de bureau directorial, j’entamais avec conviction une exploration nasale, en gros je me mettais les doigts dans le pif (j’en vois qui prenne un air dégouté mais, mordiou, que vouliez vous que je fisse ?), quand le carillon sonna, après que la chevillette eut été tirée et que la bobinette eut chu… heu… bla, bla… carillon sonna (donc !) pour annoncer, Blouikk ! (Je sais un carillon qui fait « Blouikk » c’est un peu bizarre.), un client.

Je me précipitais à sa rencontre :
« Est-ce vous, noble chaland fortuné, qui tirâtes la chevillette afin que la bobinette chut ? De mes services êtes-vous demandeur ? Je me prosterne devant votre Amex Gold et vous supplie de croire à mon dévouement frétillant. ».
Dis-je, en ondulant du croupion comme une houri.
« Si fait, vif, palpitant et jeune éphèbe, je requiers de vous quelques lumières. Éclairez-moi donc, de grâce, sur le breuvage qu’il siérait de servir lors d’une mienne soirée où sera présent le Nonce et sa Noncette ? ».
Dit-il, suant.
Car j’avais mis le chauffage sur trente-deux degrés afin d’exhiber mon corps d’albâtre, presque nu (je ne quitte le boxer en lycra qui fait mes fesses, galbées et fermes, lumineuses et savoureuses à l’œil) et imberbe, aux formes affolantes, à la vue de la foule amassée dedans la rue qui mie ne bronchait sous les coups de knouts des Archers du Roy qui, eux aussi, regardaient avidement la tentation incarnée (moi !) par les vitrines.
« Assurément, distingué quidam. Puis-je savoir ce que vous offrirez à bâfrer au Nonce et à sa Noncette ? »
Demandais-je en faisant quelques circonvolutions gracieuses autour de ce disgracieux personnage.
« Des coquillettes au beurre. »
« … ? »
« … ! »
« Comment ? »
« Des coquillettes. »
« Au beurre ? »
« Oui. »
« Ah, bon ! Soit ! Si tel est votre bon plaisir. Dans ce cas, je vous recommande une romanée-conti 1961. »
« Croyez-vous ? Sémillant et puissant guerrier ? »
« Oui. »
« Bon, dans ce cas, livrez chez moi, vous-même, de votre personne, une douzaine de flacons de ce breuvage. Je veux voir saillir sous l’effort les muscles que je devine sous votre soyeux et lisse épiderme. » Dit-il.

Sitôt dit mais pas sitôt fait car je n’avais cette vinasse méphitique en stock.
Je me saisissais donc, virilement, du téléphone pour passer commande auprès d’un mien confrère qui promit, croix de bois, croix de fer, de me livrer avant la nuitée.
Ce ne fut point lui, mais son livreur qui me livra ma livraison.
Foutredieu, Belzebuth, pute-vierge !
La belle bête !
Vous voyez Keanu Reeves ? Mieux !
Je lui aurais bien mis ma j… dans sa t…, ou encore mon m… dans son s…, comme ça, sans lui laisser le temps de dire ouf.
Quel plaisir ce doit être de prendre ses l… pour les passer sur son h… quand, haletant il vous a trituré les p… jusqu’à ce que vous criiez grâce !
Ses belles u…, si délicates et sensuelles !
Après une nuit de folie avec une telle bombe, il faut prendre ses d… en p… et s’en réjouir comme d’un m… !

Non ?

C’est précisément ce que je lui proposais, je détaillais, avec force détails détaillants, les délices qu’accompliront nos deux corps après que nous nous serions oint d’onguents orientaux.
« Nenni, not’ bon maître ! Dit-il. J’avions point d’appétit à ces amours là. J’avions une fiancée, l’est point gracieuse comme vous, pour sûr, mais son père i’a grassement dotée d’une génisse et d’trois canetons. Après la noce j’allons êt’ riche ! »
« Quoi ! » Dis-je, la fureur me sortant par les naseaux en volutes noires zébrées de quelques éclairs.
« Misérable manant ! Vous ne connaitrez jamais l’extase ! Partez donc retrouver votre vachère ! »
Cette fureur, comme bien vous vous en doutez, était du dépit.
Le désespoir me gagna, je ne me résolu cependant pas à me soustraire au monde dans quelque monastère d’un ordre contemplatif, j’avais trop peur qu’un jour le Pape ne me visitât ; il me fait vraiment trop peur.
L’autre alternative était de m’occire d’un coup de magnum de champagne, de m’ouvrir la jugulaire au tire-bouchon ou, pire que tout, me tuer par noyade interne en buvant de l’eau.
C’est là, à ce moment, en cet instant, que vous me sauvâtes la vie.

Oui !
Vous !
Vous, mes chères nouvelles, mes chers nouveaux, amies, amis.
Car je pensais à votre désespoir si je réussissais à me détruire.
Votre peine eut été trop grande, vos sanglots longs eurent bercé vos cœurs d’une langueur trop monotone.
Me roulant par terre de rage, la bave de l’envie encore aux lèvres, d’avoir raté si belle occasion, je me résolus néanmoins à entamer le récit que voilà pour, ensuite, en tirer une morale édifiante qui éclairera votre vie d’une lueur nouvelle.

En 338 avant notre ère, la Macédoine déclare la guerre aux cités grecques.
Philippe II de Macédoine (le papa d’Alexandre) veut conquérir toute la péninsule et la soumettre.
Philippe est un tyran, un autocrate, animé par une volonté de puissance et de domination, il vomit les Grecs et leurs principes démocratiques mais ne sous-estime pas la puissance de la pensée Grecque, c’est pourquoi il appelle auprès de lui le plus fameux penseur de l’époque pour servir de précepteur à son fils : Aristote.
Pour la petite histoire, Aristote arrive en Macédoine après avoir fondé une école et enseigné dans une île grecque du nom de… Lesbos.
En 338, Aristote est depuis longtemps reparti à Athènes et Alexandre est un beau jeune homme qui commande les hétairoï, la cavalerie de son père.
À Chéronnée, l’armée macédonienne et celle des cités de Grèce (Athènes, Eubée, Corinthe, Mégare et Thèbes) se font face.
Les macédoniens sont des barbares pauvres, des paysans crottés et puants, des montagnards sans éducations, les grecs sont civilisés, instruits, citoyens libres de cités riches et prospères.
Les Grecs ont tout à perdre, ils savent la guerre et vont se battre comme des lions ; les Macédoniens ont tout à gagner, l’ambition les pousse à toutes les audaces et ils savent la guerre aussi.
Dans l’armée grecque il y a un bataillon, thébain, mythique, invaincu depuis 100 ans donc invincible puisque favori des Dieux.
Avec ce « Bataillon Sacré » les Grecs savent qu’ils ne feront qu’une bouchée de cet arrogant et crasseux petit roi de Macédoine.

Ce bataillon est composé de 300 hommes, effectif assez modeste comparé à l’armée entière qui compte 10 000 hommes.
Pourtant ils ont les meilleures armes, la meilleure intendance, au besoin les grecs jeunent pour qu’ils aient du vin, de la viande et des fruits en abondance.
Être admis dans ce bataillon est un honneur immense, une gloire qui rejaillit sur la famille du soldat, son épouse et sa mère sont honorées, son père peut espérer accéder à d’importantes fonctions, ses enfants, s’il en a, sont éduqués aux frais de Thèbes par les meilleurs précepteurs de Grèce.
Les hommes du Bataillon Sacré sont les meilleurs guerriers de Thèbes, donc de Grèce, donc d’Europe, donc du Monde.
Il y a pourtant une condition pour être admis que ne remplissent pas toujours les plus forts guerriers, les plus braves : être un jeune chef de famille établi et avec enfants si possible et être en couple avec… un homme, un soldat.
Sont uniquement accepté comme candidats les couples d’hommes bisexuels.
Le Bataillon Sacré est composé de 150 couples d’amants qui ont aussi, chacun, une épouse à la ville.

Les soldats du Bataillon Sacré et les Grecs savent qu’ils vont gagner quand s’engage le combat.
Philippe II attaque l’aile gauche athénienne, mais rompt l’engagement et se replie.
Les Athéniens, croyant à la couardise de Philippe, le poursuivent et laissent une brèche dans la ligne grecque.
Alexandre, vif comme l’éclair, met à profit cette erreur des grecs et s’enfonce, comme un coin, dans l’armée ennemie ; sa cavalerie fait des ravages, les grecs tombent par centaines.
La réserve macédonienne entre en action alors que Philippe fait volte-face et contre-attaque, le centre de l’armée grecque est anéanti, il ne reste plus que l’aile droite avec le contingent Thébain.
Alexandre fait un mouvement tournant et se retrouve sur l’arrière des grecs qui sont pris en tenaille par sa cavalerie et les fantassins de Philippe II.
Désemparé, mis en déroute, les grecs font donner leur dernière chance de l’emporter : le Bataillon Sacré.
Si ces 300 hommes réussissent à tuer ou à s’emparer d’Alexandre ou de Philippe c’en est fini de la Macédoine.
Alexandre est trop rapide, ils s’attaquent donc, de front, aux soldats à pieds de Philippe, ils sont 300 et les Macédoniens 12 000.
1 contre 40.
Ils se battent comme des furieux, chaque soldat du Bataillon Sacré ne se bat pas pour sa vie mais pour celle de son amant, jusqu'à la mort.
Les pertes des Macédoniens sont terribles, ils tombent par centaines, le Bataillon Sacré est une machine de guerre et de mort presque invincible… presque.

À la fin de la bataille, l’armée Grecque a perdue la moitié de ses effectifs, le reste est blessé, prisonnier ou en fuite.
Sur son cheval, Philippe II, son fils à ses cotés, regarde le champ de bataille, il a été stupéfait par la bravoure du Bataillon Sacré mais il a gagné : le Grèce est à lui.

Des 300 hommes du Bataillon Sacré, il en reste, encore en vie,… 4.

Frappé par le spectacle des morts du Bataillon, « Philippe contemple ces amas de cadavres entassés, enlacés, deux par deux. » (Xénophon).

Cette petite histoire pour illustrer la récente décision du président Étasunien Obama d’abroger la règle du « non-affichage » des gays (filles et garçons) en vigueur dans l’armée des États-Unis d’Amérique (don’t ask, don’t tell) ou, pour traduire : « On ne connaît pas la réponse si l’on ne pose pas la question, on n’a pas à répondre si la question n’est pas posée. ».

Et aussi pour illustrer mon avis sur l’aspect symbolique de la décision.

Entendons-nous bien, je suis très satisfait de cette décision qui est l’illustration d’une évolution souhaitable -pas inéluctable, hélas : ce que M. Obama fait un autre peut le défaire- et la simple application d’un sens de la justice qui exclu l’hypocrisie même dans l’armée.

Cette courageuse décision ne changera, évidement, rien à la bêtise crasse de toutes forces armées.
Là encore, pas d’amalgame dans ma bouche (sous mes doigts), ni d’anathème généralisateur : je connais des militaires (les gendarmes du coin où j’habite) et je suis au mieux avec eux, s’ils savaient que je suis bisexuel (peut-être le savent-ils par la grâce d’un fichier quelconque institué par un ancien ministre de l’Intérieur, vous voyez qui ?…), ils auraient sans doute un seul mouvement d’indifférence en haussant les épaules.

Ce que je veux dire, c’est que des gays et des bi affichés en tant que tel ne changeront rien du tout à la légitimité –ou à l’illégitimité- d’une action armée dans un, ou des, pays où nous n’avons rien à faire… militairement.

Cela ne changera rien aux bavures des militaires, cela ne changera rien aux prisons politiques et illégales dirigées par des militaires, cela ne changera rien à la torture appliquée aux prisonniers par des militaires, cela ne changera rien aux « dommages collatéraux » ni, même, que les armées sont un bastion politique des défenseurs de cet « ordre » qui défend, violemment parfois, aux gauchistes, aux syndicalistes, aux anarchistes, aux franc-maçons, aux philosophes, aux pacifistes, aux journalistes, aux artistes, aux humanistes, aux athées, aux LGBT, aux femmes, aux emmerdeurs et aux fous de proposer, à tous, une autre façon de penser et/ou d’agir que « métro-boulot-dodo » ou, pire, « travail-famille-patrie ».
Rien du tout.

« Mais alors pourquoi, ô Maître des Bouviers, prendre un exemple dans l’histoire grecque, qui nous est chère, si c’est pour ne point s’en gargariser d’aise ? »

Simplement pour vous montrer que les Grecs, qui n’avaient pas de pudeur chrétienne à l’égard de l’homosexualité et de la bisexualité, étaient des pragmatiques : un soldat se bat mieux quand il a le sentiment de se battre pour ses compagnons ou pour le garçon qu’il aime.
Onasandre (tacticien et théoricien grec de la guerre, 1er siècle) l’a très bien dit : « Les hommes de battent mieux quand ils sont rangés les frères près des frères, les amis près des amis, les amants près de bien-aimés. »
Rien de nouveau donc depuis 2500 ans.
Que M. Obama fasse preuve de pragmatisme (cynisme ?) comme les grecs antiques ou qu’il soit poussé à prendre cette décision par le sens de la justice et de l’équité, ce qui est probablement le cas, ne change rien aux flots de sang, aux tripes répandues, aux corps pulvérisés, aux écoles bombardées, aux femmes violées et aux soldats morts pour des causes qu’ils ne comprennent pas.

Je suis antimilitariste ?
Oui !

Il me gênerait aussi un peu, aux entournures, que la cause LGBT revendiquât et soutînt cette décision de M. Obama comme exemplaire.
Si demain nous apprenions qu’un groupe mafieux, pratiquant l’extorsion, le trafic de drogue et les enlèvements, était constitué uniquement de LGBT, aurions-nous l’audace de les prendre en exemple de tolérance et d’ouverture d’esprit ?

À moins d’en faire des martyrs, les soldats LGBT de n’importe quelle armée ont plus de chance de se faire trouer la peau que vous ou moi, pas parce qu’ils ont une autre forme de sexualité mais parce qu’ils sont soldats.
Les bisexuels du Bataillon Sacré, malgré l’évidente admiration que l’on peut leur porter parce qu’ils étaient les meilleures guerriers de leur temps, sont quand même tous morts.

Et comme ils étaient bisexuels, ils ont laissé des veuves et des orphelins et pour quel résultat ?
Aucun !
Même l’empire qu’Alexandre s’est taillé grâce à leur défaite n’existe plus.
Heu… si, quand même !

Un résultat :
Celui de m’avoir fourni le plaisir de vous raconter une belle et triste histoire.

Bi… en à vous

Le Maître des Bouviers.

 

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