|
Comme vous pouvez le constater, mon génie du titre s’est encore exprimé. « Quelle originalité ! », vous dites-vous, « Nous sommes en juillet, il fait 35°, les routes sont encombrées, la France est en CP et le Maître des Bouviers nous suggère d’aller à la plage ! Pfffouihh ! Nous n’y aurions pas songé ! » Bin, oui ! Je suis comme ça : à la pointe du bon goût, de l’élégance un peu surannée, de la séduction un peu torve mais, surtout, j’aime à mettre le doigt (et la plume) sur des sujets qui n’auraient pas eu, autrement, l’heur de toquer à la porte de vos esprits si vifs et gaillards par ailleurs.
Or, donc, la France entière se retrouve à la plage. Ok, ok, pas toute la France : il y a celle qui préfère la campagne, celle de la montagne, celle qui va voir ailleurs si j’y suis (à l’étranger), celle des villes et celle qui ne peut pas.
Celle qui ne peut pas me désole toujours parce que, précisément, elle ne peut pas. Entendons-nous bien, j’affirme, je revendique et je milite (un peu mais c’est déjà ça) pour que TOUS aient le droit à des vacances : les enfants, les chômeurs, les retraités, les smicards, les SDF… tous… sans exception. Je ne vais pas vous ressortir les arguments crypto-marxistes, que j’utilise d’habitude, mais juste vous dire que la Chambre du Front Populaire a voté les congés payés en 1936 et qu’on devrait ériger des monuments à la gloire de ces gens (pour les foutre par terre juste après puisque ce sont les mêmes qui ont voté les pleins pouvoirs à un maréchal de France gâteux et fasciste 3 ans plus tard. Méditez ça !).
Donc, les Français partent en vacances.
À la campagne. C’est une très mauvaise idée. Il n’y a rien de plus angoissant que la campagne : le jour on se fait chier et la nuit on crève de trouille. Sans rire, vous avez déjà passé une nuit à la campagne ? Moi oui. Pas un bruit, le noir complet et parfois on entend comme un bruissement, un craquement sinistre, un cri isolé et sordide vous étreint le cœur, quelque chose avec des ailes et des poils vous frôle alors que vous tremblez sous votre édredon. Il y a vraiment de quoi se pisser dessus de terreur ! Même si la peur peut être très érotique et favoriser un rapprochement des corps (« Chéri, j’ai peur ! Serre-moi fort ! Mais… tu dors avec ton couteau suisse, maintenant ? Ah ? Ce n’est pas ton couteau suisse ?!), il n’en reste pas moins qu’on ne dort pas beaucoup. La peur au ventre et fatigué. Merci bien !
À la montagne. Je n’aurai qu’un mot pour qualifier la montagne : fatiguant. C’est vrai, quoi ! Pourquoi ce n’est pas plat, la montagne ? C’est quoi déjà le slogan ? Ah, oui : « La montagne, ça vous gagne ! » T’en fiche ! La montagne, ça me gonfle ! Ça monte, ça descend, ça remonte et ça redescend, on risque de tomber dans des gouffres sans fond, on ne peut pas se baigner parce que les torrents de montagne sont tous, été comme hiver, à -55°. Et puis quelle fatigue ! J’ai connu, voilà quelques années (Hé ! Ho ! Je ne suis pas si vieux que ça ! Vin… Trent… Quaran… Oh, merde ! Déjà !), un garçon absolument charmant, très distingué, très comme il faut, et résolument, définitivement et délicieusement pédé. Nous nous étions pris d’amitié (particulière)… d’ailleurs nous nous étions pris tout court ! Et à tour de rôle. Sympa donc. À la suite de circonstances compliquées, nous nous étions retrouvés, seuls, tous les deux, dans une location à la montagne (Alpes) sans ses parents (qui, étrangement, nous firent confiance pour ne pas faire de bêtises. Ce sont de grands naïfs, parfois, les parents). « Il faudra que vous fassiez des randonnées. » dirent-ils. Moi (et lui, supposais-je) je ne pensais qu’à sa… son… heu !… son couteau suisse ! Et les randonnées pouvaient bien aller se faire fiche. Croyez le ou pas (je vous jure pourtant que c’est vrai), il a obéit à ses parents, cette nouille ! Nous en fîmes des randonnées à la con, à suer comme des malheureux, à peiner sur des sentiers de montagnes (à la montée comme à la descente) et les muscles qui tirent et font mal et « encore un effort, on est presque au sommet ! ». Mais il y a toujours un sommet plus haut dans ces pays là, on se demande vraiment ! Le pire c’était de rentrer dans ce si charmant chalet et de s’effondrer, titubant de fatigue, sur le lit pour s’endormir aussitôt. Sans faire ce à quoi nos corps fermes et fougueux aspiraient. Oui, oui ! La phrase qui, définitivement, me fit honnir la montagne a été, alors que nous randonnions et que j’admirais son fessier tentateur (j’étais derrière) : « Oh ! Tu as vu la marmotte ? » et de me regarder de cet air béat de celui qui a vu la marmotte. Une marmotte. Faut-il être con pour s’intéresser aux marmottes ! Elles font ce qu’elles veulent les marmottes ! Elles peuvent bien mettre tous les chocolats dans tous les papiers d’alu du monde, les marmottes, que je m’en fous ! Une marmotte ! Vraiment ! Je vous demande un peu : partir avec un super canon qui sait se servir de sa… son… couteau suisse (c’est de moi qu’il s’agit !), sans surveillance parentale, et s’occuper des marmottes ! Pffff ! Une seule chose de bien m’advint lors de ces vacances très frustrantes : comme je me dirigeais vers le bistroquet du coin pour écluser quelques verres d’un infect génépi pour soigner ma peine (je n’avais point encore découvert les vertus rebiscoulantes de la romanée-conti 1961), je tombai en arrêt devant le bistrot et amoureux de la plus belle créature de ce monde. Altière, fière, distinguée, noble, calme et souveraine, sûre d’elle et de sa supériorité, un peu méprisante mais aimable et belle, tellement belle… Mon cœur explosa (Boum !) et depuis ne s’en est pas remis. Là, attachée à un poteau, une Bouvier Bernois attendait son maître. Et ce n’était pas moi. Malheur vite réparé puisque depuis j’en eus toujours deux avec moi. Et qu’un Bouvier Bernois chez lui (dans les Alpes Suisses) c’est comme ça : http://www.youtube.com/watch?v=0WNNRk92yCQ
Ailleurs
Je ne sais pas vous (et vous faites ce que vous voulez, vous n’avez pas besoin de mon nihil obstat) mais les pays étrangers ne m’ont jamais tenté. D’abord parce que les habitants, aussi aimables qu’ils et elles soient ne parlent pas ma langue. Oui, bon, d’accord, il y a des pays où l’on parle français mais je refuse d’aller en Afrique (bien que ça me tente beaucoup) pour des raisons politiques et économiques (les riches touristes en Afrique appauvrissent les Africains). La Belgique ce n’est pas à l’étranger et la Suisse c’est chez moi (presque). Le Québec alors ? Oui, c’est vrai, le Québec. Mais là-bas j’aurais l’impression qu’on me prend pour un « maudit Français » et je ne voudrais pas que des Québécois me fissent la leçon sur ce que mon pays devrait faire. Parce que, sur beaucoup de points, ils auraient raison. Et que je ne veux pas mentir en défendant mon pays par pur chauvinisme idiot (alors qu’il n’y a pas plus virulent critique que moi, ici) ou de passer pour un traître en leur donnant raison. D’autant que les Québécois connaissent l’actualité française alors que moi, depuis Charlie qui a dit « Vive le Québec libre ! », j’ai l’impression qu’il ne s’y passe rien. J’aurais l’air de quoi ? Je ne connais même pas le nom de leur premier ministre. Ça me torture, vous n’imaginez pas à quel point. Parce que j’ai très, très envie d’aller au Québec, il paraît que la vie y est belle et que les filles et les garçons sont… très… sympas. Hem ! Alors je m’oblige d’écouter Radiocanada « La Première » (ici : http://www.radio-canada.ca/radio/) mais, comme un océan nous sépare, je n’entends que les émissions de la nuit pauvres en actualités et qu’une chose étrange arrive lorsque je balladocharge une émission (de praïmtaïme) : M. Fox m’indique que la procédure prendra fin dans 18 h 52 min. et 12 sec. Je suis dubitatif alors. Je me suis aussi inscrit (pas sous le nom du Maître des Bouviers, il vous est réservé) sur un site qui s’appelle « La Cité Bisexuelle » (ici : http://www.bisexuelle.qc.ca/), dans l’espoir, inavoué, de m’y faire quelque ami(e), qu’elle (il) m’invite à passer quelques temps dans sa « cabane à sucre », à condition qu’il (elle) ne soit pas frappé(e) d’effroi par mes deux compagnes canines. Mais, ô malheur, ô destin funeste et macabre, le forum de cette cité est d’une indigence que vous n’imaginez pas. Ici, on s’interpelle, on se hèle, on s’apostrophe, on discute, on plaisante, on parle quoi… parce qu’il y a du monde. Là-bas c’est le désert des Tartares. Tant pis pour le Québec, cela aurait pu être bien.
À la ville
Franchement, qui peut songer à passer ses vacances en ville ? Personne. Sauf les cinglés et les touristes qui viennent chez nous. Parfois ce sont les mêmes.
À la plage, donc.
De préférence une plage comme celle-ci : http://photigule2.blogspirit.com/photos/medium_1er%20plan%20tr%C3%A8s%20pr%C3%A9sent_B_Lacanau.jpg Sur la côte Atlantique, parce que la Méditerranée est une flaque sans caractère, parce que le sable y est abondant, fin, blanc-jaune pâle comme il sied à tout sable bien né, et parce qu’il y a de la place. Voulez-vous que je vous dise ce qu’il y a de mieux à faire quand on est bi (quand on a ce bonheur, cette joie, ce don, cet avantage, cette chance) et que l’on va à la plage ? Oui ? Voilà :
« Petit manuel du bi-plagien » : 1 : Le (la) bi aura soin de se munir d’un(e) ami(e) bi-friaindlie (qu’il (elle) soit en couple avec elle (lui) ou pas), l’idéal serait qu’il (elle) fût accompagné(e) par un(e) autre bi pour éviter certains conflits d’intérêts. Le (la) bi n’ira jamais seul(e) à la plage, elle (il) n’est pas un(e) dragueuse(eur) gominé(e), le peigne dans le maillot de bain et les lunettes d’aviateur et d’argent sur le nez (pire, dans les cheveux !). La (le) bi n’oubliera jamais qu’il (elle) n’est pas homosexuel(le) (pas loin), ni hétérosexuel(le) (pas loin non plus) et qu’il ne faut pas, par conséquent, reproduire les stéréotypes plagiens de ces deux catégories d’estivants auxquelles il (elle) ne fait pas partie.
2 : La (le) bi pourra, s’il (elle) le souhaite, afficher les couleurs avec un drap de plage comme celui-ci : http://www.decathlon.be/FR/drap-voyage-ipanema-violet-112291364/ qui reprend à peu près les couleurs du drapeau de la Gloire bi. N.B : je n’ai aucun lien (quoique, je vous raconterai un jour…) avec cette enseigne de magasins mais si vous vous précipitez pour acheter ce produit, dites bien que c’est moi qui vous l’ai signalé. Peut-être y aurais-je droit gracieusement ?
3 : Les bi (plus simple au pluriel) achèteront un cornet de frites graisseuses, molles et pâlottes parce que les frites de plages sont les meilleures frites du monde (avec du quètcheupe et du sable qui croque sous la dent. Miam !)
4 : Les bi prendront soin de s’installer en-dehors de la sphère de malfaisance de mômes joueurs de balle, creuseurs de trou, constructeurs de pâtés de sable et hurleurs d’imprécations aux parents pour avoir une glace. S’ils en ont (des enfants, pas des glaces), ils auront pris soin de les confier à une Mère-Grand en Moselle (‘tention à la Bête des Vosges ou au Graoully !) ou à une institution proposant de revivre, durant les vacances d’été, la vie des mines de charbon du Nord (au XIXème siècle façon Zola).
5 : Les bi s’oindront mutuellement et voluptueusement (très voluptueusement, sensuellement même) d’une crème protectrice indice 300. Si le couple de bi est fille-garçon, il ne se passera rien ; s’il est garçon-garçon, il y aura quelques cris indignés et quelques sifflets admiratifs ; s’il est fille-fille, il y aura une émeute et les CRS chargés de la surveillance installeront le Zodiac® sigillé aux armes de la République à cotés des serviettes (mauves) desdites bi. Pour les protéger, soi-disant, mais de quoi ?
6 : Les bi sortiront de leur sacs de plage la dernière production d’Anna Gavalda (seul moment de l’année et seul endroit où cette lecture est autorisée) pour feindre de lire. En fait, ils (elles) scruteront attentivement les estivants derrière leurs raibannes, faisant un tri sélectif des plus rigoureux.
7 : Après avoir situé le petit poisson à ferrer, les bi appliqueront les techniques éprouvées de la drague en couple bi : ne jamais lâcher le morceau. Si l’un(e) des deux du couple essuie un râteau, l’autre attaque, ce serait bien le diable qu’aucun(e) de deux ne fît point honneur au charme irrésistible qui leur échut lorsqu’ils (elles) naquirent et que le poisson ne succombât point. Au pire des cas, tenter une approche conjointe, le risque d’une rebuffade est réel, néanmoins le genre humain, en vacances, sur une plage, est plus indulgent aux propositions singulières. Le but est de déclencher, chez le petit poisson, la question in petto : « Pourquoi pas ? »
8 : Ne pas oublier son couteau suisse et l’emballage d’icelui. Mais si, vous savez bien, l’emballage jetable des couteaux suisses que vous trouvez en pharmacie et dans n’importe quelle grande surface. N.B. : Ce n° 8 est pour les bi garçons, c’est normal parce que le bi garçon est un garçon responsable et respectueux de celles et ceux qui lui font l’honneur de leurs faveurs.
9 : Ne jamais se départir d’une bonne et joyeuse humeur, se dire qu’être bi, en vacances, sur une plage sublime, sous un soleil complice, le ventre plein de frites divines, est LE bonheur.
10 : Quitter la plage pour vivre d’autres plaisirs, au bras d’un(e) nouvel(le) ami(e) (avec de seins ou un couteau suisse, peut-être les deux !) curieu(x)se de découvrir cette personne si singulière, si fascinante, si sûre d’elle, si drôle, si charmante, si bien foutue, si légère et profonde que vous êtes.
11 : Hurler de rage parce qu’un (une, à bien y regarder) énorme Bouvier mange votre Aïpôde qu’elle a chipé dans votre sac. Elle s’en délecte. Vous vous souvenez du point n° 9 et vous vous dites qu’après tout qu’importe : vous réclamerez le prix du joujou au Maître des Bouviers à la rentrée.
Parce qu’il est là, bien sûr (la plage de Lacanau est autorisée aux chiens pourquoi croyez-vous qu’il l’a choisie), son autre Bouvier est en train de ronger le Zodiac® des CRS. Vous l’avez reconnu à cet air de grand seigneur désargenté, l’air maladif des fins de races autrefois glorieuses ; entre ses genoux une bouteille de romanée-conti 1961 pointe le bout de son goulot, il l’empoigne régulièrement pour y téter une gorgée ; son regard voilé et humide s’évade vers l’horizon, à quoi pense-t-il ? À rien sans doute.
Vous haussez les épaules, votre nouvel(le) ami(e) vous demande qui cela peut bien être, vous répondez : « Personne. Presque… » Vous passez votre chemin. Le Maître des Bouviers sourit.
Bonnes vacances à tous.
Le Maître des Bouviers.
P.S. : je tacherai de vous écrire un petit mot depuis mon lieu de vacances. Québec, qui sait ?
|