Sida, VIH, séropositivité et les associations (Act up, Aides...)

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Ascagne
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Sida, VIH, séropositivité et les associations (Act up, Aides...)

Messagepar Ascagne » 3 mois plus tôt

Je n'ai pas vu de sujet général sur le sida, alors j'en ouvre un.

Je ne connaissais pas bien le sujet jusqu'à il n'y a pas si longtemps. Je n'ai pas connu la pire heure de l'épidémie. Dans les années 1980, j'étais tout petit, et les mots "VIH", "sida" et "affaire du sang contaminé" passaient largement au-dessus de ma tête. Le sida, j'en ai surtout entendu parler en cours de SVT au collège, dans les cours sur les infections sexuellement transmissibles. Je n'ai connu personne à en être atteint, je n'ai perdu aucun ami de cette façon. J'en avais des connaissances correctes, mais assez théoriques.

Les choses ont changé quand je me suis découvert bi. D'abord parce que devenir susceptible d'avoir des rapports sexuels avec des hommes m'incitait à encore plus de vigilance en matière d'IST, même si le sida se transmet aussi entre hommes et femmes ou entre femmes. Ensuite parce qu'en lisant au sujet de l'histoire de l'homosexualité et plus généralement des minorités sexuelles en France, j'ai commencé à croiser des allusions au sida. Puis il y a eu les lectures. Dans un hors-série du Magazine littéraire sur "Littérature et homosexualité" (excellent numéro, au passage), des critiques de livres et des portraits d'écrivains ayant écrit sur le sida, y compris des écrivains morts du sida eux-mêmes par la suite. Quelque temps après, on m'a offert le roman La Ligne de beauté d'Alan Hollinghurst, dont le personnage principal fait ses débuts de jeune homosexuel dans le placard en pleine génération de la libération sexuelle, génération fauchée horriblement par la maladie quelques années après.
Quelque temps après encore, un spectacle d'une toute petite compagnie de théâtre, la Compagnie en carton : Vi(e)H, qui met en scène le parcours de plusieurs malades et tente de recapturer "l'esprit des temps", pour montrer la violence terrible, pas seulement celle de la maladie mais aussi celle des préjugés et du rejet envers les malades. Un spectacle court, avec peu de moyens, mais bien envoyé et bien joué.

Il y a quelques années, j'ai été alpagué par un militant d'Aides dans la rue. Et si tu donnais un peu pour la lutte contre le sida, même très peu d'argent chaque mois, ça compte. Pourquoi pas ? Alors j'ai donné et je donne toujours. L'argent, c'est le nerf de la guerre, etc.

Depuis que je fréquente les associations LGBT et les marches des fiertés, j'ai croisé des militants de tous les genres, de tous les âges, de toutes apparences. Souvent j'ai été intrigué par les visages des gens d'âge moyen et des personnes âgées. Ils ont connu l'épidémie. Ils ont milité. L'enjeu était une question de vie ou de mort. De nos jours, avec les traitements plus efficaces, on s'endort, on redevient imprudent. Et puis de nouvelles personnes deviennent séropositives et se retrouvent de l'autre côté, à lutter. Les préjugés ont reculé, mais n'ont pas disparu non plus, pas plus que le VIH lui-même. Cet été, quand l'interdiction des soins funéraires aux séropositifs a enfin été levée, il y a eu des thanatopracteurs pour protester et dire qu'ils n'administreraient quand même pas ces soins aux séropos.

Et puis, il y a quelques semaines est sorti un film, 120 battements par minute, qui parle de l'association Act up et de ses actions pour dénoncer l'ignorance et les discriminations dont étaient victimes les malades du sida et plus généralement les séropositifs. Surpris en bien par la sortie de ce film, par les très bonnes critiques qu'il a reçues et par son succès inespéré au box-office (plus de 500 000 entrées en trois semaines, ce n'est pas rien, surtout pour un "petit" film sur un sujet pareil), je suis allé le voir cette semaine. J'ai été soufflé par la justesse du propos du film, par sa reconstitution de la vie d'une association LGBT, mais surtout par la plongée dans la vie quotidienne des malades du sida qu'elle rend possible, et qui ne peut pas laisser indifférent. J'ai saisi mieux que jamais la souffrance énorme des malades, l'hypocrisie de toute une partie de la société française envers eux, et j'ai été plus que jamais admiratif devant la force et l'entièreté de leur engagement militant. Ils se battaient et ils se battent toujours contre la mort et l'hypocrisie. C'est en plus un film très bien joué et bien mis en scène. Allez le voir si ce n'est pas déjà fait !

Pour finir, je voudrais aussi vous inviter à lire ce témoignage de l'écrivaine de science-fiction et de fantasy Catherine Dufour. Elle est connue pour sa fantasy comique et pour ses romans d'anticipation. Mais, comme souvent, l'humour est un outil pour faire face à la souffrance et à la violence. Catherine Dufour a connu l'épidémie et en donne un témoignage important, en forme de remerciement à Act Up. Ça s'appelle "Souris puisque c'est grave, bitch !"
Mon beau-frère Silvius tient le Biplan, un blog sur la bisexualité (actualités, militantisme, réflexions de fond). Passez donc voir, si le coeur vous en dit :
https://lebiplan.wordpress.com/
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Re: Sida, VIH, séropositivité et les associations (Act up, Aides...)

Messagepar Ascagne » 2 semaines plus tôt

Un article à propos d'un livre intéressant, sur le site d'informations LGBT Hétéroclite :

La fin du sida : avant tout une question de choix
Par Benoît Auclerc, publié le 1 janvier 2018

Écrit par deux militants, l’ouvrage La Fin du sida est-elle possible ? fait le point sur les avancées de la lutte contre l’épidémie et trace des perspectives.

On l’a (re)découvert en voyant 120 battements par minute : la lutte contre le sida est d’abord sociale et politique. C’est ce que démontrent également François Berdougo et Gabriel Girard dans La Fin du sida est-elle possible ?. En moins de deux cents pages précises et engagées, les deux auteurs, l’un ancien militant à Act Up-Paris, l’autre à Aides, rappellent les différentes étapes de cette lutte, et combien des décisions apparemment techniques sont en fait le fruit de combats militants.

Depuis une petite dizaine d’années, les nouvelles stratégies de soins laissent entrevoir la possibilité d’une «fin du sida», jusque dans les discours officiels. Si les luttes militantes sont aujourd’hui moins visibles et moins intenses, Berdougo et Girard montrent bien que les politiques actuelles, apparemment dictées par les seuls «progrès scientifiques», supposent malgré tout des choix de société et méritent d’être interrogées. Le «traitement comme prévention», la stratégie actuellement adoptée, consiste à mettre les personnes dites «à risque» sous traitement préventif, et à faire entrer les personnes séropositives au plus vite dans des protocoles de soin pour faire baisser leur charge virale. À l’échelle des individus comme des populations, il s’agit de mettre le virus «sous cloche».

Choix de société

Cette stratégie apporte des résultats certains. Elle pose aussi des questions : les laboratoires pharmaceutiques (au premier rang desquels Gilead, le fabricant de l’antirétroviral Truvada) en sont les grands gagnants, puisqu’il s’agit de mettre tout le monde sous traitement. Mais leur avidité sans bornes est aussi un frein à la lutte contre l’épidémie : la lutte pour maintenir les brevets dans les pays du Sud et les stratégies pour imposer partout des prix prohibitifs empêchent l’accès aux soins de nombreuses personnes. D’où la nécessité d’une pression militante et de pouvoirs publics puissants pour créer un rapport de force favorable, face à ces laboratoires au rôle finalement ambigu.

Vouloir vraiment la fin du sida suppose aussi d’arrêter de criminaliser ou discriminer certains groupes – personnes usagères de drogues, travailleur.se.s du sexe, populations migrantes. Mais là encore, il s’agit de choix de société et les peurs irrationnelles ou les discours démagogiques entrent en contradiction avec une véritable politique d’éradication de la maladie.

La démonstration des auteurs est impeccable et leur conclusion des plus claires : la fin du sida est à portée mais elle implique un projet politique qui «prenne au sérieux l’impératif de la transformation sociale et des droits humains».

La Fin du sida est-elle possible ? de François Berdougo et Gabriel Girard (éditions Textuel)
Mon beau-frère Silvius tient le Biplan, un blog sur la bisexualité (actualités, militantisme, réflexions de fond). Passez donc voir, si le coeur vous en dit :
https://lebiplan.wordpress.com/

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