À quoi servent les «études des masculinités» ? - Next/Libé

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Chaynal
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À quoi servent les «études des masculinités» ? - Next/Libé

Messagepar Chaynal » 3 années plus tôt

Béni soit qui mâle y pense

Par Guillaume Gendron — 30 octobre 2015 à 10:48

Pour l’Américain Michael Kimmel, les stéréotypes virils ont la peau dure. Il propose de leur tordre le cou en créant un master des masculinités. Explications.

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Béni soit qui mâle y pense Sara France


À quoi servent les «études des masculinités»?

Dans le microcosme feutré de l’élite universitaire américaine, Michael Kimmel, 64 ans, est une rock star. Toujours entre deux avions, le sociologue enchaîne les best-sellers grand public (Angry White Men) et les anthologies pointues, dont une Encyclopédie culturelle du pénis. Son créneau: «l’étude des masculinités ». Convaincu que le féminisme est «bon pour les hommes», Kimmel s’évertue à démontrer que le patriarcat ne sert pas les intérêts de ces derniers, que ce soit en termes d’épanouissement personnel ou de santé.

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Cultural encyclopedia of the penis


Selon lui, les stéréotypes virils encore présents dans les cultures dominantes poussent de nombreux hommes vers la dépression, les comportements violents ou asociaux. À la tête de son propre centre d’études à l’université publique de Stony Brook à New York, Kimmel a organisé en mars la «première conférence internationale sur les masculinités» dans un grand hôtel de Manhattan, où se sont pressées de grandes figures historiques du féminisme américain, à l’instar de Gloria Steinem, et une poignée de vedettes hollywoodiennes engagées, dont les actrices Jane Fonda et Rosanna Arquette.

Fort de son succès, Kimmel entend délivrer le premier master en études des masculinités dès la rentrée 2017. On y étudiera autant la sociologie que la littérature et la psychologie, sans oublier la santé publique. Next lui a demandé ce qui fait un homme aujourd’hui.

Comment définissez-vous la «masculinité» ?

Haha, c’est tout l’enjeu de mes recherches. Mais pour commencer, je veux insister sur le fait qu’il faut toujours parler de masculinités au pluriel car il existe des tas de façons d’être un homme. Lesquelles sont conditionnées par une myriade de facteurs : l’âge, la race, la religion, le pays d’origine, la classe sociale, etc… Entre un homosexuel maghrébin de 25 ans vivant à Paris et un hétéro de 75 ans habitant à Clermont-Ferrand, l’expérience de la masculinité ne peut être plus différente, n’est-ce pas ?

Avez-vous pour autant identifié une vision dominante de la virilité ?

Il existe évidemment un modèle traditionnel de ce que doit être un homme, même si cette définition a changé au fil des années. Mais quand je demande : «Qu’est-ce que ça veut dire être un vrai homme ?», la plupart des hommes que j’interroge répondent invariablement: être fort, ne pas pleurer, être compétitif, agressif, avoir du succès avec les femmes, réussir financièrement…

Comment se perpétue cette idée de ce que doit être un homme ?

Dans les années 1960, à l’époque où j’ai grandi, il y avait trois institutions majeures de socialisation : la famille, l’église et l’école. C’est là qu’on nous apprenait à être de «vrais hommes». Aujourd’hui, j’ajouterai deux autres facteurs : les médias, et surtout, les pairs. Ce sont toujours les autres hommes qui évaluent et qui testent votre masculinité. Prenez la phrase «ça, c’est un truc de pédé» entendue à longueur de journée, ce sont presque toujours des hommes qui la prononcent. Quand les gens répondent à ma question sur ce qu’est la vraie masculinité, ils entendent généralement des voix d’hommes dans leur tête. Celle de leur père, de leur entraîneur du lycée, de leurs copains, de leur frère aîné. Pas celle de leur mère ou de leurs sœurs…

Dans vos livres, vous parlez d’un changement dans «l’idéologie de la masculinité» chez la génération Y…

Oui, je suis plutôt optimiste. J’ai remarqué trois grandes évolutions en observant mes étudiants, qui sont à 50% des hommes et 50% des femmes. Premièrement, les jeunes hommes ont intégré le fait que leur femme allait travailler, avoir une carrière. C’est nouveau. Ensuite, ils anticipent le fait d’être père, de participer aux tâches familiales. Leur monde ne sera pas celui de Don Draper [héros misogyne et peu préoccupé par sa progéniture dans la série rétro Mad Men, ndlr]. Enfin, tous sont à l’aise avec le concept d’amitié homme-femme. Il y a vingt-cinq ans, on se posait encore la question de savoir si une telle forme de relation interpersonnelle pouvait exister ! C’est tout le sujet du film Quand Harry rencontre Sally… (1989). Et ça pour moi, c’est très important. Car on ne devient pas ami avec son boss ou son subordonné mais avec son égal.

En réaction à cette évolution, vous parlez du sentiment d’«irritation de droit» des hommes blancs qui se sentent dépossédés de leur statut au travail et à la maison…

Bien sûr, c’est ce qui sous-tend tous les mouvements d’extrême droite que l’on voit fleurir aujourd’hui. C’est Donald Trump ! C’est le Tea Party ! La première fois que j’ai pensé à cette expression, j’étais sur un plateau de télévision avec quatre hommes blancs, qui se disaient tous victimes de discrimination inversée. «Une femme noire m’a piqué mon boulot», a dit l’un d’eux. Et je lui ai répondu : «Mais qu’est-ce qui vous a fait penser que tel ou tel emploi était à vous de droit ?»

Vous faites aussi le lien entre masculinité et maladie. En quoi la virilité est mauvaise pour la santé ?

Tout part là encore des clichés dans la tête des hommes : «Les vrais mecs ne tombent pas malades, les vrais hommes supportent la douleur.» Et cela se voit dans les statistiques : les hommes vont plus rarement consulter un médecin que les femmes, mais se retrouvent plus souvent aux urgences, quand c’est parfois trop tard car ils se font diagnostiquer au dernier moment. Un cas typique : le cancer de la prostate. La plupart des hommes fuient l’examen de détection, avec des conséquences souvent dramatiques… Pour moi, l’un des problèmes de santé les plus importants dans le monde, c’est la violence masculine : les meurtres, les abus sexuels, les bagarres dans les rues sont largement le fait d’hommes. On peut en dire autant pour la plupart des guerres, il suffit d’ouvrir un livre d’Histoire.

Un exemple de mauvaise décision historique motivée par une conception archaïque de la virilité ?

J’aime citer cette anecdote sur Lyndon B. Johnson, le président américain pendant la guerre du Vietnam. Quand les journalistes lui demandaient pourquoi il continuait la guerre alors que le reste du pays voulait un retrait des troupes américaines, il sortait son pénis et disait : «Voilà pourquoi», en annonçant qu’il n’allait pas juste battre Hô Chi Minh, mais qu’il allait «lui couper la bite».

Certains universitaires se demandent si les « études de masculinités » sont bien nécessaires alors que les «women’s and gender studies» déconstruisent déjà ces clichés…

Il n’y a aucune compétition entre ma discipline et les women’s studies, qui ont eu un grand rôle scientifique et militant depuis leur création dans les années 1970. Au contraire, le message est le même. Les women’s studies ont rendu le genre visible, l’ont exposé en tant que fondation de notre identité et organisateur de la vie sociale. Mais si nous prenons la question du genre au sérieux, nous avons besoin d’étudier les masculinités.

Guillaume Gendron


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"N’oublions jamais que le droit au rêve ne prend toute sa valeur qu’accompagné du droit à la lucidité." - Georges Charpak
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Ascagne
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Re: À quoi servent les «études des masculinités» ? - Next/Li

Messagepar Ascagne » 3 années plus tôt

C'est passionnant et ça fait plaisir de voir que ce domaine de recherche se développe. Bientôt en France aussi, j'espère :)
Mon beau-frère Silvius tient le Biplan, un blog sur la bisexualité (actualités, militantisme, réflexions de fond). Passez donc voir, si le coeur vous en dit :
https://lebiplan.wordpress.com/
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Re: À quoi servent les «études des masculinités» ? - Next/Li

Messagepar Fablyon » 3 années plus tôt

En fait, le meilleur c'est "Refuser d'être un homme" de John Stoltemberg pour avoir un bon coup de poing dans la gueule des clichés et autres acceptations que nous avons de ces clichés.
La liberté ne se donne pas, elle se prend ;)

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