Le sociologue canadien Michel Dorais le dit : les bisexuel(le)s sont « les trouble-fête de l’intégrisme identitaire. Ils nous rappellent surtout que tout le monde n’est pas forcément d’un bord ou de l’autre ».

En ce sens ils sont un excellent rempart contre les soupçons de communautarisme que la plupart refusent mais aussi contre ceux qui en rêveraient.

La bisexualité dérange le confort social qui se satisferait bien – au mépris d’une réalité volontiers occultée et de la reconnaissance de la variété des structures affectives - de deux grandes « cases » clairement établies et rassurantes : l’hétérosexualité pour la plus importante d’entre elles, et l’homosexualité comme minorité acceptée et acceptable.

Elle dérange les hétérosexuels en ce sens qu’elle réveille quelquefois la composante homosexuelle qui ne dort souvent « que d’un œil » chez nombre de personnes ne se reconnaissant que comme totalement hétérosexuelles.

Elle dérange également certain(e)s homosexuel(le)s qui ne comprennent pas toujours cette capacité de double attirance et considèrent que les bisexuel/les sont des homosexuel/les qui n’arrivent pas à assumer leur homosexualité ; ce qui est faux puisqu’en se reconnaissant comme tels auprès d’eux, non seulement ils assument la part homosexuelle d’eux- mêmes, mais prennent également le risque d’être incompris. Il y a là également parfois une forme d’ « hétéro méfiance » latente et protectrice, voire même confortante (sur le mode du concept de résilience très bien décrit par Boris Cyrulnik , …………..)

Les études faites montrent ainsi que, globalement, l’homosexualité est plutôt mieux tolérée et surtout mieux comprise que la bisexualité qui rime souvent avec instabilité.

Tout comme l’homophobie, la « biphobie » est bien souvent, par delà la crainte de la différence, une « peur de l’autre en soi » qui entraîne une réaction de rejet. Peur de la différence et peur de soi-même sont les deux ressorts de la non acceptation, celle de l’autre mais aussi bien souvent celle d’une part de soi-même. (homophobie et biphobie renvoient non seulement à la question des genres mais également à la question du choix d’objet).

Ainsi les bisexuel/les peuvent faire l’objet d’un double ostracisme : celui, majoritaire et quelquefois sarcastique ou agressif, d’hétérosexuel/les et celui, en général, nettement plus mesuré et éventuellement quelque peu compassionnel de certain(e)s homosexuel(le)s.

Face à ce double risque, beaucoup se cachent et vivent leur sexualité dans l’ombre ou la crainte. Le « coming out » des bisexuel/les, s’il n’est pas tout à fait identique à celui des homosexuel/les, n’en est pas forcément plus facile à réaliser.

Parmi les clichés abondamment véhiculés existe aussi celui d’une instabilité comportementale ou affective : comme si la possibilité « d’aimer les deux » était synonyme d’incapacité de choix, alors qu’il s’agit plutôt d’une plus large possibilité de choix.

Ainsi, pour toutes ces raisons, la bisexualité reste aujourd’hui une sexualité amplement cachée et relativement méconnue.